racines culturelles

Transmettre ses racines culturelles à ses enfants en expatriation

Quand on élève ses enfants loin de son pays d’origine, une question finit souvent par se poser : quelle place cette culture aura-t-elle réellement dans leur vie ?

Pour les parents, certaines références semblent évidentes. Une expression entendue depuis l’enfance, une recette familiale, une fête, une chanson ou une façon de se retrouver en famille font partie du quotidien depuis toujours. Pour un enfant qui grandit à l’étranger, ces mêmes repères ne vont pas forcément de soi. Sa langue principale peut être celle de l’école, ses amis avoir d’autres références et son sentiment d’appartenance se construire dans plusieurs pays à la fois.

Transmettre ses racines ne signifie pourtant pas reproduire à l’identique la vie que l’on aurait eue dans son pays d’origine. Il s’agit davantage de donner à l’enfant suffisamment de repères pour comprendre son histoire familiale, entretenir des liens avec ses proches et construire librement sa propre identité.

Et cette transmission fonctionne souvent mieux lorsqu’elle fait partie de la vie quotidienne que lorsqu’elle devient une obligation.

Pourquoi transmettre sa culture d’origine quand on vit à l’étranger ?

Pour un enfant expatrié, la culture familiale peut constituer l’un des fils qui relient différents morceaux de son histoire.

Elle lui permet notamment de comprendre pourquoi ses parents parlent d’une certaine manière, pourquoi la famille célèbre certaines fêtes ou pourquoi les grands-parents ont des habitudes différentes de celles qu’il observe autour de lui.

Ce lien devient particulièrement concret lorsque l’enfant retourne dans le pays d’origine de ses parents. Comprendre les conversations familiales, reconnaître certains plats ou connaître les traditions permet de ne pas découvrir cet univers comme celui d’inconnus.

L’enjeu n’est toutefois pas d’opposer la culture familiale à celle du pays d’accueil.

Un enfant peut se sentir français et canadien, sénégalais et britannique, italien et japonais, ou construire une identité qui ne correspond parfaitement à aucune de ces catégories. Cette pluralité n’a pas nécessairement besoin d’être résolue. Elle peut simplement faire partie de son histoire.

C’est pourquoi il est préférable d’éviter de présenter la transmission culturelle comme une lutte contre une supposée « perte des racines ». L’enfant s’appropriera forcément les cultures qui l’entourent et pourra se sentir plus proche de certaines à différentes périodes de sa vie.

Le rôle des parents consiste surtout à lui donner accès à son héritage, sans lui imposer la manière dont il devra s’y identifier plus tard.

Une transmission qui ne repose pas uniquement sur les parents

La culture familiale ne se transmet pas seulement à travers de grandes explications sur les origines. Elle passe souvent par des choses beaucoup plus ordinaires.

Un parent transmet une recette qu’il préparait avec sa propre mère. Un autre raconte comment se déroulaient les vacances lorsqu’il était enfant. Un grand-père explique une expression que l’enfant ne comprend pas. Une tante envoie une chanson ou raconte une anecdote familiale pendant un appel vidéo.

Toutes ces interactions donnent progressivement une réalité aux origines de l’enfant.

Les grands-parents occupent souvent une place particulière dans cette transmission. Lorsqu’ils vivent à plusieurs milliers de kilomètres, maintenir cette relation demande davantage d’organisation, mais les échanges n’ont pas besoin d’être longs ou solennels pour être importants.

Un appel régulier pendant lequel un grand-parent raconte sa journée, montre son jardin ou demande à l’enfant ce qu’il a fait à l’école crée aussi une continuité culturelle. La langue, les expressions, l’humour et les habitudes se transmettent naturellement au cours de ces conversations.

Dans une famille multiculturelle, la situation peut être plus complexe. Chaque parent peut souhaiter transmettre sa langue, ses traditions et ses propres références.

Il n’est pas forcément nécessaire de décider quelle culture doit occuper le plus de place. Une famille peut célébrer différentes fêtes, cuisiner des plats provenant de plusieurs pays et utiliser plusieurs langues à la maison. Avec le temps, elle crée souvent ses propres traditions, à la croisée de plusieurs héritages.

La langue familiale : transmettre sans transformer chaque conversation en cours

femme et enfant

Pour beaucoup de parents expatriés, la langue est l’une des principales préoccupations.

La situation est fréquente : l’enfant comprend parfaitement la langue parlée à la maison, mais répond systématiquement dans celle de l’école. Ou il parle volontiers avec ses parents mais rencontre davantage de difficultés lorsqu’il doit discuter avec ses grands-parents.

Cela ne signifie pas nécessairement que la transmission a échoué.

Une langue se développe grâce à l’exposition et surtout grâce aux occasions réelles de l’utiliser. Plus elle est associée à des personnes, des histoires et des activités qui comptent pour l’enfant, plus elle a une raison d’exister dans son quotidien.

Lire une histoire le soir, regarder occasionnellement un film dans cette langue, écouter de la musique, cuisiner ensemble ou appeler la famille peut ainsi être plus naturel que de multiplier les exercices formels.

L’âge de l’enfant compte également. Un jeune enfant acceptera facilement une comptine ou un album illustré. Un adolescent sera peut-être davantage intéressé par une série, un créateur de contenu, un livre, un sport ou une conversation avec des cousins de son âge.

Le plus important est probablement d’éviter que la langue familiale devienne uniquement une source de correction.

Reprendre constamment la prononciation ou demander à l’enfant de reformuler chacune de ses phrases peut finir par rendre les conversations fatigantes. La langue doit rester un moyen de communiquer avec sa famille, pas seulement une matière supplémentaire à apprendre.

Si vous souhaitez mettre en place une véritable stratégie bilingue ou si vous vous interrogez sur le développement linguistique de votre enfant, l’avis d’un professionnel qualifié en bilinguisme ou en développement du langage sera plus pertinent qu’une règle générale trouvée sur Internet.

Faire vivre les traditions plutôt que simplement les expliquer

Un enfant comprend plus facilement une tradition lorsqu’il la vit.

Préparer ensemble une recette familiale a généralement davantage de sens que lui expliquer pendant vingt minutes pourquoi ce plat est important. Il en va de même pour une fête, une chanson ou une coutume.

Les traditions peuvent donc être intégrées à des moments très simples de la vie familiale.

Vous pouvez préparer chaque année le même gâteau pour une fête particulière, écouter certaines chansons pendant un trajet, regarder un film associé à votre enfance ou raconter l’histoire d’un objet conservé dans la famille.

Ces habitudes ont un autre avantage : elles créent des souvenirs communs.

Et il n’est pas nécessaire de reproduire parfaitement les traditions telles qu’elles existaient dans le pays d’origine. L’expatriation oblige souvent à les adapter. Certains ingrédients sont introuvables, les jours fériés ne correspondent pas ou les enfants sont à l’école le jour d’une célébration importante.

Une fête peut donc avoir lieu le week-end suivant. Une recette peut être adaptée avec des produits locaux. Des amis du pays d’accueil peuvent être invités.

La tradition change, mais son sens demeure.

Adapter la transmission à l’âge de l’enfant

femme et enfant

Ce qui fonctionne à quatre ans ne fonctionnera probablement plus à quatorze ans.

Avec un jeune enfant, la culture passe principalement par le quotidien : les mots utilisés à la maison, les histoires, les chansons, les repas et les interactions avec la famille.

En grandissant, l’enfant commence à poser davantage de questions. Pourquoi faisons-nous cette fête ? Pourquoi mamie parle-t-elle cette langue ? Pourquoi mon prénom est-il différent de ceux de mes camarades ?

Ces questions constituent de bonnes occasions de raconter l’histoire familiale sans transformer chaque échange en leçon.

À l’adolescence, la relation aux origines peut devenir plus ambivalente. Certains jeunes souhaitent s’en rapprocher tandis que d’autres préfèrent momentanément s’en éloigner, notamment lorsqu’ils cherchent avant tout à appartenir à leur groupe d’amis.

Insister excessivement à ce moment-là peut produire l’effet inverse de celui recherché.

Un adolescent peut refuser de parler la langue familiale aujourd’hui et décider quelques années plus tard de l’apprendre sérieusement. Il peut également rejeter certaines traditions tout en restant très attaché à d’autres.

Laisser une marge de choix permet à la culture héritée de devenir progressivement sa culture, et pas uniquement celle de ses parents.

Et dans une famille multiculturelle ou multilingue ?

Lorsque plusieurs cultures coexistent au sein du foyer, la question devient parfois : comment tout transmettre sans surcharger l’enfant ?

Il n’existe pas de répartition parfaite.

Certaines familles choisissent qu’un parent parle principalement une langue et l’autre une seconde. D’autres utilisent une langue commune à la maison et réservent les autres langues aux échanges avec les grands-parents ou à certaines activités. D’autres encore alternent naturellement selon les personnes et les situations.

La même souplesse peut s’appliquer aux traditions.

Plutôt que de chercher une égalité mathématique entre les cultures, il peut être plus réaliste de regarder celles qui ont naturellement une place dans la vie de la famille.

L’enfant peut également avoir des liens différents avec chacun de ses héritages. Ce n’est pas nécessairement le signe qu’un parent a davantage « réussi » sa transmission que l’autre.

Les familles adoptives peuvent rencontrer d’autres interrogations, notamment lorsqu’elles souhaitent préserver un lien avec la culture d’origine de l’enfant sans prétendre connaître une expérience qu’elles n’ont pas vécue. Dans cette situation, les associations spécialisées, les personnes issues de cette culture et les ressources conçues avec des personnes directement concernées peuvent apporter des perspectives que la famille ne peut pas créer seule.

Garder une vraie relation avec le pays d’origine

Les livres et les films sont utiles, mais une culture reste avant tout quelque chose que l’on vit avec d’autres personnes.

Lorsque cela est possible, les séjours dans le pays d’origine peuvent donner une dimension très concrète à ce qui est transmis à la maison. L’enfant rencontre ses cousins, entend la langue dans la rue, découvre les lieux dont parlent ses parents et constate que certaines habitudes familiales existent aussi en dehors de son foyer.

Mais voyager régulièrement n’est pas possible pour toutes les familles expatriées. Le coût, la distance, les contraintes professionnelles ou la situation politique peuvent rendre ces retours rares, voire impossibles.

Dans ce cas, la relation peut se construire autrement.

Les appels vidéo avec la famille, les messages vocaux, les photos du quotidien ou les échanges entre cousins permettent de maintenir un lien régulier. Un grand-parent peut même lire une histoire à distance ou apprendre une recette à son petit-enfant en visioconférence.

L’important n’est pas uniquement la fréquence des contacts, mais leur continuité. Lorsque la famille éloignée fait partie du quotidien, elle cesse progressivement d’être composée de personnes que l’enfant ne rencontre qu’occasionnellement pendant les vacances.

Trouver une communauté culturelle dans le pays d’accueil

Rencontrer d’autres familles partageant certaines références peut aussi aider à faire vivre la culture hors de la maison.

Selon la destination, il peut exister une association francophone, une école bilingue, des cours de langue, une bibliothèque, un centre culturel ou des événements organisés par la communauté expatriée.

Ces espaces ont un intérêt particulier pour les enfants : ils découvrent qu’ils ne sont pas les seuls à vivre entre plusieurs langues ou plusieurs cultures.

La communauté d’origine ne doit cependant pas devenir le seul environnement social de la famille. L’intégration dans le pays d’accueil reste tout aussi importante.

Un équilibre peut progressivement se créer entre les amis locaux, les familles internationales et les personnes partageant la même culture d’origine.

C’est aussi ce mélange qui fait la particularité de l’enfance en expatriation.